Le vieillissement ne souffre pas seulement d'un manque de moyens. Il souffre aussi d'un manque d'architecture.

Nous avons des dispositifs, des professionnels engagés, des financements, des outils numériques, des acteurs de terrain, des institutions, des services à domicile, des aidants, des associations, des collectivités mobilisées. .. Pourtant, autour d'une même personne âgée, tout cela ressemble encore trop souvent à une succession d'interventions plutôt qu'à un parcours de vie organisé.

Une personne ne vieillit pas par morceaux. Son quotidien relie naturellement la santé, l'autonomie, l'habitat, la mobilité, l'alimentation, les proches aidants, les soins, les démarches sociales mais aussi les liens, les passions, les habitudes, le plaisir et le sens qu'elle donne à ses journées.

Le vieillissement n'est pas qu'une affaire médicale. C'est avant tout une affaire de vie. Et c'est peut-être là que notre architecture manque le plus : elle pense encore trop souvent le parcours en termes de soins et de prise en charge, quand la personne, elle, continue avant tout de vivre. À domicile, on meurt d'ailleurs souvent davantage d'ennui et d'inactivité que d'un défaut de soin.

C'est probablement l'un des grands défis des années à venir : apprendre à mieux articuler l'existant autour d'un objectif commun, celui de la continuité du parcours de la personne, sans pour autant multiplier les dispositifs, ni se poser en chef d'orchestre unique.

Deux angles morts, souvent oubliés :

Le lieu de vie. Vieillir chez soi et vieillir en maison de repos ne s'opposent pas, ils se complètent mais pas pour tout le monde, ni au même moment. Domicile, maison de repos, quartier, association, café du coin .. sont autant de lieux de vie du vieillissement.

Le regard porté sur les Goldies. Nous parlons beaucoup des manques : ce qui fait défaut à la personne, ce qu'elle a perdu, ce qu'il faut compenser. Nous parlons beaucoup de solitude et d'isolement dès qu'il s'agit des Goldies, comme si vieillir se résumait à cela. Il existe une autre manière de faire : partir de ce que la personne a, sait, aime et peut encore transmettre, ses ressources, son réseau, ses compétences, ses envies plutôt que de partir systématiquement de ce qui lui manque. Une approche par les capacités, parfois appelée « asset-based community development ».

La qualité du vieillissement de demain dépendra peut-être moins de notre capacité à tout articuler que de notre capacité à faire de la place : à la diversité des choix, aux ressources des personnes elles-mêmes, et à une vie qui continue, tout simplement, avec ou sans fragilités.

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Vieillir n’est pas se retirer : penser la longévité comme un choix politique